Samuel BENCHETRIT, Prince de L’époque ?
Samuel Benchetrit est un conteur. Alors il multiplie les supports et les fonctions. Metteur en scène de théâtre, réalisateur de cinéma, auteur, acteur de film et même acteur de faits divers.
En 2005, Samuel Benchetrit fait son entré dans le cirque médiatique. Il traverse le plateau de Tout Le Monde En Parle, feu le talk show de Thierry Ardisson, en regardant ses pieds. C’est qu’il préfère éviter de croiser des regards. Il se hisse sur le tabouret, sans quitter ses chaussures des yeux. Puis se cache, entre ses épaules, derrière des mèches de cheveux qu’il remet en place frénétiquement dans un tique nerveux et compulsif, derrières ses mains. Révélant des tatouages artisanaux. Du genre de ceux qu’on trace avec deux aiguilles tenues par un stylo bic.
Thierry Ardisson présente Samuel Benchetrit comme un prince de l’époque, aimé du tout Paris. Et surtout des demoiselles. C’est qu’avec son physique de brun ténébreux, timide au regard doux, ses bracelets en cuir et ses tatouages, il est le chéri de ces dames. Benchetrit réfute, en souriant, gêné. Ce n’est pas qu’il soit plus modeste que la moyenne, mais il est très occupé à se cacher derrière son verre de vodka. Alors Ardisson enchaine et revient sur ses pièces de théâtre, ses romans, son premier film, son projet de mémoires en 5 volumes… Tout ça pour un fils de serrurier de 32 ans né à Champigny sur Marne qui a quitté l’école à 15, “Parce que j’étais pas bon”.
Très vite on en vient à L‘“Affaire Vilnius”. Celle où Bertrand Cantat tuait Marie Trintignant. La comédienne que Benchetrit épousait à 19 ans, sa pygmalionne. “Elle a cru en moi, elle m’a donné la valeur du travail”. Parce que c’est pour cela qu’est connu Benchetrit en 2005, plutôt que pour son film, ou ses pièces de théâtre. Quand Ardisson évoque son ex femme, le regard de Benchetrit se voile. Parfois, il accorde un petit sourire perdu, le même que lorsqu’il évoque son fils. Il sert les dents et s’arrange avec une colère un peu contenue quand on lui parle des émeutes de banlieue. Sa chère banlieue il l’écrit. Elle est un thème récurrent de son travail. On la retrouve dans ses mémoires, Les Chroniques de l’Asphalte et dans son dernier roman, Le Coeur en Dehors. Il n’aime pas l’image qu’en donne les médias aujourd’hui, il ne reconnaît pas celle où il a grandit. Et il est très nostalgique des néons. « C’est émouvant un néon » dit il en souriant. « Vous avez toujours ce complexe de venir de la banlieue? » lui demande Thierry Ardisson. « Oui, beaucoup. C’est à côté la banlieue, mais il est long le trajet mental ».
Alors depuis 2005, il suit son chemin. Il a écrit trois volumes des Chroniques de l’Asphalte. Va-t-l tous les écrire ? « J’ai pas le choix j’ai signé. » Il s’est marié aussi. A la comédienne Anna Mouglalis, avec laquelle il travaille régulièrement maintenant. C’est une habitude chez lui, depuis le clan Trintignant. Il a réuni Marie et Jean Louis, le père et la fille, dans sa mise en scène de Lettre à Lou, puis pourComédie Sur un Quai de Gare, sa première pièce et dans Janis & John, son premier film. Il écrira Moins Deux dont il confiera le premier rôle à Jean Louis Trintignant pour le consoler du chagrin causé par la mort de sa fille. Il emploi son fils Jules dans son court métrage Yves Saint Laurent, et sur l’affiche de J’ai Toujours Rêve d’être un Gangster, il réunit « Ma femme, mon flingue, ma fille. » Benchetrit, c’est une affaire de clan. Ce n’est pas pour rien que son dernier film, Chez Gino, se passe au sein de La Mafia…
En 2010, on le retrouve à la télé pour présenter son dernier roman. Un t-shirt noir col v, moulant, a remplacé la chemise à rayure un rien has been de 2005. Et à ces pieds qu’il ne quittait pas des yeux, des boots de créateurs. Aujourd’hui, dans le fauteuil où il se fait interroger, Samuel Benchetrit ne se cache plus derrière ses mains, puisqu’elles sont occuper à faire de grands gestes au bout de ses bras. Il parle fort pour faire entendre son point de vu et signifier au type en face que son avis l’ennui un tout petit peu… “Allez vivre au Texas et nous faites plus chier, quoi, putain”. Oui parce que les mots qu’emploi le plus Benchetrit, c’est « putain », « bordel » et « merde ». Et il n’en a « rien à foutre ». Il écrit comme il parle et parle comme il écrit. Mais il lui reste ce tique nerveux, cette habitude de se remettre les cheveux en place et cette douceur dans le regard et la voix, héritée du serrurier de Champigny Sur Marne « C’est un homme très doux mon père ».
Il fait celui qui n’est pas d’ici, qui n’en a que faire des codes des médias. Il n’empêche qu’il est devenu un client régulier. On le trouve même dans plusieurs magazines au côté d’Anna Mouglalis avec la quelle il se prête au jeu du reportage de mode. En 2005 il disait “Je suis timide moi, je vais pas être un grand client.” Il fait mentir celui qu’il est devenu. Aujourd’hui il connait les rouages, fait monter la pression trouve la formule pour répondre, manie le clash avec brio. Le public est allié à sa cause et le salue à coup d’applaudissements non contenus lorsqu’il mouche son interlocuteur avec une vulgarité quotidienne et détendue. Le jeune garçon de banlieue, au delà d’être devenu un artiste reconnu dans les domaines de la littérature et du cinéma est devenu un véritable personnage médiatique de son époque.







